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Communautaire

CHAMPS COMMUNAUTAIRES
AU BURKINA FASO

Analyse d’impact 2015 du projet de 2010-2011

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Ouagadougou / Genève, Février  2015

Table des matières

 

 

 

FICHE PROJET

Nom du projet GESTION DE CHAMPS COMMUNAUTAIRES AU BURKINA FASO
Résumé du projet Ce projet de maraîchage s’inscrit dans la recherche de mécanismes de protection des enfants et des jeunes au niveau communautaire. Il permet aux familles de renforcer leurs capacités de prise en charge des enfants et évite des migrations préjudiciables à l’avenir et au développement des enfants.Il concerne trois villages localisés dans trois régions différentes du Burkina :

  1. 1. Bazoulé, région du centre ouest
  2. 2. Peila (Bogandé), région du centre Est
  3. 3. Wob Regré, région centre

Ce projet est mis en œuvre par KEOOGO en collaboration avec le RAO, les associations locales de protection, les structures déconcentrées de l’Etat (Action sociale, mairie, préfecture).

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Pays BURKINA FASO

 

Nombre de bénéficiaires 60 familles (20 par région d’intervention)
240 enfants et jeunes
Début du projet 2010 (En raison d’une saison des pluies tardive, la phase réellement opérationnelle commence au 2ème semestre 2010)
Durée du projet 24 mois

 

1. Rappel des objectifs du projet
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Objectifs généraux (vision)
L’objectif de ce projet est de permettre aux familles d’élever leurs enfants décemment (par l’accès à la nourriture, aux soins et à l’éducation) et de leur éviter des migrations souvent hasardeuses à la recherche de perspectives d’avenir ou de formation dans d’autre régions/pays.

 

2. Activités spécifiques
Axe 1 : Maraîchage communautaire et gestion des champs
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  1. Vingt familles dans chacun des trois villages touchés sont formées au maraîchage ; des formations pour une meilleure utilisation des terres sont données
  2. Un comité de gestion des champs communautaires est mis en place et dirigé par des femmes
  3. Les outils de maraîchage sont fournis
  4. Un système comptable de base est mis en place

 

Axe 2 : Sensibilisation communautaire et soutien aux enfants et aux jeunes en situation de vulnérabilité
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  1. Des sessions de sensibilisation communautaires sont organisées pour informer les villageois des dangers liés à la mobilité
  2. Les communautés, par le biais des comités de gestion des champs, soutiennent les enfants et les jeunes pour leur  éducation scolaire ou professionnelle en redistribuant les bénéfices des produits maraîchers.

3. Introduction
En termes d’appréciation globale, nous pouvons dire que notre projet de maraîchage communautaire 2010-2011 au Burkina Faso a été positif et très apprécié. L’avènement des champs communautaires comme moyens de renforcement des capacités des familles et de recherche de mécanismes de protection des enfants a été une initiative saluée par tous les acteurs des zones d’implantation du projet. Ses effets sont encore bien visibles dans les familles et les communautés concernées.
Cette analyse d’impact réalisée trois ans après la clôture de ce projet sur trois questions principales

  1. Quelle amélioration le projet a-t-il induit au niveau des familles ?
  2. Quel est l’impact du projet sur l’insertion scolaire des enfants ?
  3. Quel l’impact du projet sur les départs en migration à « risque » ?

Nombre exact de familles et d’enfants/jeunes concernés directement

Nombres de familles & de jeunes Avant le projet A l’heure actuelle
Bazoulé Familles

20

20

Enfants et jeunes

80

80

Peila Familles

20

32

Enfants et jeunes

80

104

Wob Regré Familles

20

38

Enfants et jeunes

80

116

TOTAL Familles

60

88

Enfants et jeunes

240

300

 NB : 30 nouvelles familles ont intégré le projet champ communautaire dont  12 à Piéla et 18 à Wob regré.

4. Analyse d’impact 2015
L’amélioration des revenus et des conditions de vie des familles.
Parmi les critères de choix des familles, l’accent a été mis sur les éléments  en lien avec les conditions de vie. Les éléments qui constituent la situation de départ, avant l’intervention, étaient entre autre:

  1. Absence de revenus
  2. Faible niveau de vie
  3. Difficulté à assurer les trois repas par jour et à garantir l’alimentation pendant les périodes de soudure.

La mise œuvre du projet champ communautaire à travers la culture maraîchère a permis d’apporter un changement positif sur la situation de ces familles, à ces trois niveaux. Cela est perceptible au niveau de l’amélioration des conditions de vie et des revenus de ces familles. En effet, les produits maraîchers issus des champs sont d’une part utilisés pour la consommation directe par les ménages  et l’autre partie est vendue afin de pouvoir faire face aux autres besoins.
Estimation du revenu des familles/an

Revenu moyen des familles/an Avant le projet A l’heure actuelle
Francs CFA

120000

420 000

Equivalent en CHF

240

840

Les gains reçus par chaque famille sont employés soit pour le payement de la scolarité de leurs enfants et l’achat d’aliments de base pour la préparation des repas quotidien. En outre, comme indiqué, une partie de la production maraîchère est autoconsommée. Du fait de leur richesse en compléments indispensables pour une alimentation équilibrée, ces produits maraîchers ont contribué à l’amélioration du niveau nutritionnel de ces familles. En effet, les produits utilisés directement dans le cadre familial contribuent à accroitre la consommation des légumes et ainsi a améliorer la qualité et la variété de leur alimentation.
En outre, il est intéressant de noter que la production et la vente des produits maraîchers ont contribué à assurer la disponibilité de certains aliments importants dans les différentes localités tels la tomate, le choux, l’oignons, le maïs frais, etc.
A ce niveau, le responsable du centre médical de Keoogo à Wob Regré a expliqué que la fréquence des cas  de malnutrition des enfants de Wob regré a considérablement baissé durant ces trois dernières années.
Fréquence des cas d’enfants au niveau du centre médical

 Enfants malnutris Wob regré 2011 2012 2013 2014
Malnutrition Aiguë Modérée (MAM 60 40 19 5
Malnutrition Aiguë Sévère ( MAS) 15 8 3 00

En analysant la situation avec les familles, le même constat a été relevé à Piela. Les familles attribuent cette amélioration de l’état nutritionnel de leurs enfants à l’existence des champs communautaire qui leur permettent d’assurer la nourriture de façon permanente.
Les revenus supplémentaires issus du maraîchage permettent aux ménages de disposer d’un budget familial destiné à l’achat de vivres pour mieux faire face à la période de soudure. En effet, en procurant des revenus aux familles, cette activité a joué un rôle important dans l’accessibilité économique à l’alimentation des familles à tout moment de l’année.
Il est à noter aussi que la plupart des familles concernées par les champs communautaires étaient sans activité après la saison des cultures. Ce faisant, elles étaient dépourvues de source de revenus. Lorsque les récoltes étaient mauvaises à cause d’une pluviométrie défectueuse, la situation de ces familles se dégradait davantage. Grâce au projet champs communautaire, ces familles ont accès à des activités génératrices de revenus qui participent à leur assurer un minimum de revenus. On peut retenir à ce niveau que le projet de champs communautaires a également permis aux familles de mieux régulariser la forte baisse d’activité généralement constatée en saison sèche et de valoriser davantage leur main-d’œuvre. En d’autres termes il a contribué à réduire le sous-emploi.
Autres impacts sociaux du projet.
D’autre part, une analyse qualitative des impacts sociaux des champs communautaires dans les villages de Piéla, Bazoulé et Wob Regré, laisse voir deux impacts qui sont très intéressants à faire ressortir :

  1. le développement du réseau social ;
  2. l’autonomisation des femmes.

Développement du réseau social
Par le fait de travailler ensemble pendant un certain temps, les familles entre elles ont amélioré leurs relations sociales. En effet, les familles ont créé de nouveaux liens ou renforcé les liens existant. Cela a permis de développer entre elles des liens sociaux autour de nouvelles activités telles que les techniques améliorées de maraîchage, la gestion des activités génératrices de revenus, la protection des enfants face à la traite, l’importance de la scolarisation, etc.

En outre, l’interaction au sein des groupes de familles aurait permis, selon les témoignages, de s’émanciper des préjugés négatifs sur les uns et les autres. La dynamique associative de travailler ensemble a donc contribué à promouvoir indirectement le respect mutuel. Aussi, on peut affirmer que le projet champ communautaire a été un facteur d’affermissement et rapprochement des relations.
Autonomisation des femmes
A entendre les témoignages de nombreuses femmes, le projet « champs communautaires » semble s’inscrire dans une dynamique genre car pour elles, l’accès aux activités de production leur permet d’acquérir une certaine autonomie. Le fait qu’elles puissent, elles aussi, apporter des ressources pour l’achat des vivres et la scolarisation des enfants leur donne plus de poids au sein de leur famille. Par ailleurs, le fait que des maris acceptent que leurs femmes participent aux activités des champs indique une évolution fondamentale des mentalités.
4. L’insertion scolaire des enfants.
L’enquête de base sur le nombre d’enfants déchiffrait 240 enfants pour l’ensemble des 60 familles. Mais durant les trois années, 30 nouvelles familles ont rejoints le projet dont 12 à Piéla et 28 à Wob regré. Le nombre d’enfants à scolariser dans ces familles a été chiffré à 60  , ce qui a donné le chiffre de 300 pour le nombre d’enfants concernés par le projet. Parmi ces enfants, 120 étaient scolarisés, 130 en âge d’être scolarisés et 50 n’avaient pas l’âge d’aller à l’école. Les revenus issus des champs et répartis entre les familles ont permis aux parents de poursuivre la scolarisation des 120 enfants, l’inscription des 70 enfants à l’école primaire et l’inscription des 50 enfants à l’école maternelle.

Avant le projet A l’heure actuelle
Nombre d’enfant scolarisés

120

119

Nombre d’enfant non scolarisés

180

180

TOTAL

299

NB : Une fille réinsérée à Wob regré a été mariée l’année dernière. Reduisant le nombre d’enfants et jeunes scolarisés à 299 au lieu de 300.
La scolarisation des enfants par le biais des revenus issus de la vente des produits maraîchers a concerné les différents cycles d’enseignement que sont la maternelle, le primaire, les lycées et les collèges. Les dépenses prise en charge dans le cadre de la scolarisation des enfants ont concerné les frais scolaires et l’achat des fournitures scolaires.  Sans la prise en charge de ces différents frais par les parents grâce aux revenus des champs, certains enfants n’auraient pas pu continuer leur scolarisation et d’autres ne seraient pas inscrits à l’école. Le fait aussi d’assurer une alimentation continue pour les enfants participe à maintenir les enfants à l’école. Car s’ils n’ont pas à manger, il leur serait difficile d’aller à l’école.
Il faut signaler que la plupart des enfants sont inscrits dans les écoles publiques. Les dépenses qui servent aux frais de scolarité et à l’achat de fournitures scolaires à l’école primaire sont estimés en moyenne à 22’000 FCFA soit 34€, elles sont estimés à 65’000f FCFA soit 100€ pour le lycée et 49’000 FCFA soit 75€ pour les écoles maternelles. Ces différentes dépenses sont assurées par la majorité des parents. On note que certaines familles sont au-dessus de cette moyenne et d’autres ont des difficultés à assurer l’entièreté de ces dépenses d’une année à une autre. Mais le plus important est que ces familles apportent leur contribution et sont déterminées à maintenir leurs enfants dans le cursus scolaire. A ce niveau, on retiendra le témoignage des femmes participantes au projet, qui affirment être, grâce aux activités de maraîchage, en mesure de participer aux frais de scolarité des enfants.
L’impact du projet sur les départs en migration « à risque »
Une enquête de base n’a pas été faite pour connaître une situation chiffrée de départ concernant la migration des enfants. Il est dès lors difficile d’avancer des chiffres de l’impact direct du projet sur les départs des enfants et des jeunes en migration. Cependant, les villages sélectionnés pour les champs communautaires étaient connus pour être des zones de départ.
L’implantation du projet champs communautaires dans les trois villages a permis de mettre en place un dispositif de protection autour des enfants en attirant l’attention des membres des familles et de la communauté sur les besoins et les droits des enfants. En effet, les comités de gestion et de protection, outre la gestion et le suivi des activités des champs, ont animé des séances de sensibilisation sur la problématique de la traite et sur les dangers de la migration précoce. Leur action a permis de mobiliser les familles directement impliquées dans la réalisation des activités des champs communautaires et les membres de la communauté en faveur de la protection.
Ces actions de sensibilisation et l’amélioration des revenus des familles qui réussissent mieux qu’avant à répondre aux besoins de scolarisation, d’alimentation de leurs enfants a fortement contribué à favoriser le maintien de façon durable des enfants réinsérés et des autres enfants de ces villages. En renforçant les capacités des familles et des membres de la communauté, les enfants ont bénéficié d’un environnement plus protecteur et les constats suivants peuvent être relevés :

  1. Les enfants réinsérés ont bénéficié d’un meilleur suivi dans les trois localités.
  2. Tous les enfants qui ont bénéficié de réinsertion scolaire sont toujours dans le circuit scolaire
  3. Aucun départ de nouveaux enfants n’a été signalé à Wob Regré et à Bazoulé
  4. En 3 ans, seulement 4 départs signalés dans la zone de Piéla, c’est-à-dire depuis la mise en place du projet champs communautaire.

Conclusion
Grâce au projet champs communautaires les familles ont bénéficié des nouvelles techniques agricoles et des compétences  qui ont renforcé leur capacité en matière de protection de l’enfant.  Le projet a permis aussi  l’émergence au niveau des différents villages des comités de gestion et de protection dont l’action a contribué au  renforcement du dispositif de protection pour l’ensemble des enfants de ces localités.
Le dispositif mis en place a donc permis aux familles  d’améliorer leurs conditions de vie, d’assurer la scolarité de leurs enfants , de se prendre en charge pendant les périodes de soudure et de réduire le taux de sous-emploi. Au niveau communautaire, le projet a induit un renforcement du réseau social, une dynamique genre et  la création d’un environnement plus protecteur pour les enfants.